Les Alpes du Sud souffrent depuis des décennies d’un sous-investissement chronique dans ses infrastructures de transport. Pourtant, cette région se situe au carrefour de flux touristiques, économiques, industriels et transfrontaliers. Le désenclavement des Alpes du Sud constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour améliorer l’accessibilité, accompagner les dynamiques de développement local et répondre aux exigences de résilience climatique.
Malgré ces défis identifiés depuis longtemps, les grands équipements manquent à l’appel. Certaines lignes ferroviaires restent fermées, des communes restent coupées du réseau autoroutier, et des routes stratégiques sont laissées à la seule charge de collectivités locales. Ce constat, partagé par les élus, les usagers et les acteurs économiques, impose une réponse rapide et cohérente de l’État. À l’approche des Jeux Olympiques d’hiver 2030, dont Nice sera l’un des pôles au sud et les Alpes du Nord un second pôle au nord, les Alpes-de-Haute-Provence se trouvent à la croisée des chemins et cette réalité devient difficilement camouflable.
Dans cette perspective, quatre dossiers prioritaires doivent faire l’objet de décisions concrètes et coordonnées. Ils concernent à la fois le réseau routier, autoroutier et ferroviaire, et participent d’un même objectif : raccorder enfin les Alpes du Sud au reste du territoire national.
RD 900 : reclasser un axe stratégique, relié à l’Europe
La RD 900, qui relie Barcelonnette au col de Larche (ou Colle della Maddalena côté italien), est bien plus qu’une simple route de montagne. Elle constitue l’un des rares corridors transeuropéens reliant la Méditerranée à la plaine du Pô, via la vallée de l’Ubaye.
Malgré cette importance stratégique, cet axe reste une route départementale, donc géré et financé par le seul Département des Alpes-de-Haute-Provence. Cela signifie que les charges d’entretien, de viabilité hivernale et de sécurisation (notamment contre les éboulements et l’instabilité géologique) reposent exclusivement sur une collectivité territoriale modeste.
Cette situation est d’autant plus incompréhensible que la RN 94, qui dessert le col de Montgenèvre dans les Hautes-Alpes, a été maintenue dans le réseau national précisément en raison de sa vocation géopolitique. Les deux corridors ont pourtant une fonction similaire : connecter la France à l’Italie par des itinéraires de montagne.
Ce traitement différencié crée une inégalité fiscale et territoriale manifeste entre deux axes de même portée géopolitique. À l’heure de la stratégie EUSALP et des programmes INTERREG, il est urgent que l’État revoie sa copie.
Le reclassement de la RD 900 en route nationale s’impose pour :
- Garantir un entretien à la hauteur des exigences climatiques et de sécurité ;
- Sécuriser les flux économiques et touristiques entre la France et l’Italie ;
- Alléger une charge injuste qui pèse sur les finances locales ;
- Préparer un accès efficace et résilient aux sites alpins en vue des JO 2030.
Réactiver l’étoile ferroviaire de Saint-Auban : Nice, Digne et les Alpes du Nord enfin connectées
À Château-Arnoux–Saint-Auban, une étoile ferroviaire existe depuis des décennies : elle relie la ligne Marseille–Briançon à celle de Digne-les-Bains. Mais cette dernière, fermée au trafic depuis 1989, maintient aujourd’hui la préfecture des Alpes-de-Haute-Provence dans une situation unique : celle de la seule préfecture de France sans liaison SNCF.
La réactivation de la ligne Saint-Auban – Digne, en lien avec le Train des Pignes (Nice – Digne), permettrait une reconfiguration puissante des mobilités alpines. Ce chaînon manquant rendrait enfin possible une liaison ferroviaire ininterrompue entre Nice, Digne, Briançon et Grenoble, offrant une alternative écologique à la voiture individuelle.
Ce projet s’inscrit parfaitement dans la logique des Jeux Olympiques 2030 :
- Il relie les Alpes du Sud aux Alpes du Nord, en passant par une ville hôte olympique (Nice) ;
- Il participe à la décarbonation des flux touristiques ;
- Il valorise un maillage de proximité, connecté aux réseaux régionaux et interrégionaux.
Dans un contexte de transition énergétique, cette étoile ferroviaire constitue un outil précieux pour repenser l’accessibilité alpine.
Corbières-en-Provence : un demi-échangeur autoroutier rive droite de la Durance au sud du département
Malgré sa proximité immédiate avec l’autoroute A51, la commune de Corbières-en-Provence reste aujourd’hui sans accès autoroutier direct. Située à quelques kilomètres de Saint-Paul-lez-Durance, au carrefour des flux vers Cadarache, Manosque et Aix-en-Provence, cette zone connaît pourtant une pression croissante en matière de mobilité : développement de l’agglomération DLVA, présence du CEA et d’ITER, activité économique en expansion.
La création d’un demi-échangeur à Corbières permettrait de structurer une entrée sud efficace à l’agglomération manosquine et à la DLVA de désaturer les accès existants et les routes départementales périphériques et de favoriser les mobilités locales sans bouleverser l’équilibre environnemental.
Cet aménagement de bon sens pourrait parfaitement être intégré au futur cahier des charges du renouvellement de la concession autoroutière. Il représente un investissement ciblé, adapté aux besoins du territoire et réclamé de longue date par les acteurs locaux.
RN85 : la grande oubliée des liaisons entre Alpes du Nord et Alpes du Sud
Longtemps appelée « Route Napoléon », la RN85 relie Gap à Grenoble. C’est un axe historique, mais surtout une voie de communication essentielle entre les deux versants alpins. Pourtant, malgré les alertes récurrentes des élus et des usagers, aucune décision claire n’a été prise pour sa modernisation.
Face à l’afflux de visiteurs attendus pour les JO, il serait irresponsable de maintenir cette route dans son état actuel. Ni autoroute, ni voie express continue, la RN85 est aujourd’hui un goulot d’étranglement, source d’accidents, de ralentissements et d’émissions inutiles.
Plutôt qu’un projet autoroutier lourd et à coup sûr contesté, une double voie modernisée serait une alternative équilibrée. Elle respecterait les contraintes paysagères, limiterait l’artificialisation des sols et fluidifierait le trafic interalpin, au bénéfice des populations locales et des visiteurs.
Elle donnerait tout son sens à une candidature olympique à l’échelle de l’ensemble de l’arc alpin, et non d’une seule façade littorale ou de la zone nord des Alpes.
Pour voir la question que j’ai posée au ministre des Transports à ce sujet : https://sophie-ricourt-vaginay.fr/questions-orales-sans-debat-ameliorer-laxe-routier-gap-grenoble-04-03-25/
Un appel à la cohérence nationale et à l’égalité territoriale
Les projets évoqués ici s’inscrivent dans une logique de cohésion républicaine. Ils ne sont pas spéculatifs, mais mûrement pensés, portés par les élus, soutenus localement, et techniquement viables.
Les Jeux Olympiques d’hiver 2030 ne sont pas la justification exclusive de ces investissements. Mais ils créent une fenêtre d’opportunité politique pour accélérer des décisions trop longtemps différées.
Ce que demandent les Alpes du Sud, c’est de ne plus être considérées comme une marge géographique. Ce qu’elles proposent, c’est un modèle de développement sobre, structuré et interconnecté. L’État peut, et doit les accompagner.